Réflexions autour du sac à dos

 

Nous n’avons pas un modèle de sac uniforme, mais tous, comme des escargots,

nous emportons sur le dos ces charges pesant de trop ; lourds de nos faiblesses, de trop d’affaires dont nous n’avons pas pu nous passer.

 Il ne semble guère élégant ce gros sac, qui nous donne des airs de chameaux ; mais qu'importe ? Dans cette poche se retrouve pêle-mêle ce qui me sert le plus souvent.

Comment faire de l'ordre dans mon désordre ? J’essaie pourtant d’y caser chaque chose à

une place, selon l'usage.

 

Et c’est toujours par le haut qu’il faut commencer à chercher quelque chose.

C’est toujours par le haut que les questions se résolvent, que les problèmes trouvent leur solution.

 

Mon sac est invisible, derrière moi, hors de portée de mon regard.

Mais son poids est un continuel mémento. Mémento des morts pour les vivants, de ceux qui ne peuvent marcher, portés par les via tores. En sa présence : porter le poids du jour qui croît davantage encore avec la fatigue.

 

Ces quelques richesses ne sont plus dans le champ de mes préoccupations immédiates.

La route m’a fait rejeter ces bagages derrière, dans le dos. Alors je ne vois pas mon sac,

mais la lourdeur de celui des autres qui peinent sur la route devant moi.

 

Et puis ce sac à dos me libère : je marche les mains libres ! Ne restant agrippé à aucune valise, demeurant prêt à d’offrir mes bras pour secourir toute détresse, au hasard du chemin.

 

Sur la route, il faut rester ainsi toujours prêt à servir de notre mieux. Soulager les autres en prenant leur charge. Savoir parfois aussi aider les autres à porter leur fardeau, tel Simon de Cyrène, votre bon Samaritain, Seigneur !

 

Rajouter courageusement du poids dans son sac qu’on estimait déjà trop plein, lorsqu’il s’agit des affaires de tous, le bien commun. Prendre discrètement un peu plus que sa part du matériel collectif, ou de l’intendance qu’on vient d’acheter pour plusieurs jours.

 

Servir ses frères sur la route, ce peut être aussi prendre le temps d’ouvrir ce sac qu’on avait soigneusement fermé, savoir aller chercher au fond ce que les autres réclament ou espèrent… Offrir le reste de sa gourde, sachant qu’elle sera rendue vide. Car, finalement ce sac n’est fait que pour servir. Être prêt à tout donner,

pour ne tenir qu'à l'essentiel.

 

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Mais ce sac pesant, lourd de mes faiblesses, de trop d’affaires

dont cette nature n’a pas pu se passer. Comment se fait-il qu’il pèse ainsi autant ?

 

Je n’ai pourtant rien mis d’extraordinaire. Ce ne sont que des affaires mineures, vénielles,

Des petits riens, mais qui pèsent additionnés. Tant de fautes vénielles chargent ainsi notre conscience… Faut-il attendre pour alléger son cœur ? Mais quand on a posé le sac, on oublie si vite le poids de ces petits riens qui ont pesé si lourds…

Qu’y a t-il donc dans cette poche, dans ce grand ventre, pesant de trop

lourd d'une grossesse qui n'arrive pas à terme, lourd de trop d’affaires

dont ma faiblesse n’a pas su se passer ?

 

Plein de petites affaires, ces petits riens qui s’accumulent ; et puis surtout de quoi protéger et entretenir mon petit moi encombrant: vêtements et nourritures, essentiellement.

Ce ne sont là que des avoirs, vêtements, toit et nourritures ne sont qu'habitus

d'habit, d'habitation, et d'habileté. Mais l’avoir n’est pas l’être, prenons y garde,

il ne faut pas s’y laisser enchaîner.

 

Ce n'est qu'un jeu.

« Là où est ton cœur, là sera ton trésor »4.

Et face aux soucis maladifs des sages de ce monde, aux tracas d’une prévoyance

qui ne se confient plus à la Providence. Jamais je ne pourrais emporter toute ma maison,

les limites de ce sac sont un appel à l’Espérance, un acte de confiance envers le Seigneur

qui nourrit les oiseaux du ciel et habille les lys des champs.

 

Nous sommes vraiment ses fils, et pas un cheveu de nos têtes ne saurait tomber sans qu’Il n’y ait pris garde. Que pourrait-il nous manquer si Dieu est avec nous, si l’Emmanuel marche aux côté des routiers d’Emmaüs ?


« Ce n’est pas seulement parce qu’il est plus débrouillard que le routier a le sac moins chargé que le novice, mais parce qu’en avançant il se dépouille, il simplifie sa vie autant que son équipement et dégage son âme jusqu’à estimer superflu ce que naguère il jugeait nécessaire. Moins il possède et plus il se possède, et plus il peut se donner, puisqu’il est

libre.5 (...) De l’accessoire, même moral, il s’est allégé et cet appauvrissement apparent est ce qui l’a fait riche et profond.6 ».

 

Alors ce sac à dos deviendra léger, de plus en plus oublié, fort de notre faiblesse dont st Paul lui même, Routier du Christ, a pu se glorifier7 ! C’est le sac de marche qui doit nous détacher de l’inutile, pour être toujours prêts à répondre à l’appel. Nous allégeant sans cesse

afin de pouvoir aussi allonger sans peine certaines étapes.

 

C’est le bagage des nomades qui transportent avec eux toutes leurs maigres richesses, sans croire aux installations confortables, en attendant le retour à la maison définitif. C’est celui de Vos disciples envoyés en mission sans or, ni argent, ni tunique de rechange.

De toutes manières ces sacs à dos, sont ouverts à tout vent, pas plus qu’une tente, ils ne ferment à clé.

 

On sait bien qu'on pourrait se faire voler, tout perdre en un jour. Ce serait bien embêtant

Mais on n'en mourrait pas ! Le sac à dos ne sera jamais un coffre- fort mais un modeste bagage de fantassin, d’humble piéton, de routier mais qui voyagent debout

 

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Oh, qu’il est lourd, quand l’étape se fait longue, ce sac chargé sans presque y penser !

Pesant de trop, lourd de bricoles, de trop d’affaires dont je n'ai pas su me passer.

Et comment faisiez-vous Seigneur, pour parcourir les routes de Terre Sainte, sans même avoir où reposer la tête ? Je rêve de ce détachement des pèlerins n'emportant que leur besace, s’endormant sous les étoiles, enroulés dans leur manteau. Tout simplement.

« Le symbole est évident1. Le sac est notre croix ; notre sac, c’est notre vie et il nous fait souffrir. »  Il nous rappelle sans cesse le rejet impitoyable de ce qui encombre nos vies.

Ce poids trop lourd, lourd de ma faiblesse, de trop d’affaires dont il faut encore s’alléger.

 

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Seigneur Jésus, vous avez dit à la foule de vos disciples « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive2. »

 

Il n’y a pas d’autres voies, c’est clair. Il faut charger ce poids sur nos épaules

et marcher à votre suite comme un novice, une Patte Tendre, marche en suivant son Chef,

« sequela Christi ».

 

 « Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas, derrière moi, il n’est pas digne de moi »3

C'est bien vous, l’Agneau de Dieu, qui portez le lourd fardeau de nos péchés, de mes péchés.

 

Il y a ce poids sur mes épaules avec la sueur et la transpiration. Il y a ce poids pesant de trop, lourd de mes péchés, de trop d’affaires dont ma faiblesse n’a pas pu se passer.

 

C’est ma misère que je transporte, les « impedimenta » de ma nature, et même le soir à l’heure de l’examen de conscience, ce sac reste tout près de là où je m’endors. Près de ma tête comme un oreiller. On dirait presque que je veux l’embrasser comme on embrasse les siens avant de s’endormir.

 

Face à la mollesse aux soins de notre petit confort, Vous avez accepté d’être d’abord flagellé, avant même d'embrasser cette lourde poutre patibulaire.

 

 Moi je n’ai guère que ces bretelles du sac, qui scient les épaules à la longue, imitant quelque peu ces marques empreintes dans votre chair. Encore est-ce bien moins lourd ; ais c’est déjà volontaire.

 

Je mes suis donc levé. J’ai ramassé le sac, je l’ai chargé vivement sur les épaules. C’est ma croix, elle m'est ajustée. Car on embrasse une croix, on ne la laisse pas traîner.

 

Il gît toujours sans pieds, à terre, ce sac. Il faut à chaque fois le saisir, s’en emparer, et c’est à moi de le prendre, de l’élever en me dressant avec.

 

« Sois fort et tiens bon »  répétiez-vous à Josué, Chef de votre Peuple. Porter cette croix

c’était bien la fin de Votre vie terrestre, le but de tant de pérégrinations qui s’achèvent au chemin du calvaire.

 

Avec cette poutre qui pèse et étouffe bien plus que mon sac sur les épaules. Avec ce poids qui vous fait chuter et avec lequel il faut encore et toujours se relever.

Frère l’âne, mon corps, sert ainsi à porter physiquement le rappel de ces charges qui pèsent,

invisibles sur mon cœur. Au routier qui serait tenté de croire trop en ses propres forces,

cela rappelle que la Grâce précède tout, et que seule la faiblesse est véritablement nôtre.

Comme les chutes sur le chemin de la croix, ce fardeau élève... l’humilité !

 

                                                               Par le Père Hervé Tabourin

 

 

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