Témoigner de sa foi

Méfie-toi des feux de camp où tu fraternises avec des troupes inconnues. Avant que les bûches en soient éteintes, tu m’auras peut-être renié trois fois.

Non, dis-tu, mon scout. « Les autres, peut-être, mais pas moi. Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai jamais. »

Ainsi parlait mon apôtre Pierre.

Et tandis que Caïphe m’interrogeait, il s’assit au milieu des soldats et des valets autour du feu allumé dans la cour.

C’est par amour pour moi sans doute qu’il était là. Il voulait voir ce que j’allais devenir. Or voici que la portière vint se mêler à eux et, voyant Pierre elle dit : « En voilà un qui était avec le Nazaréen. »

Et Pierre répondit : « Le Nazaréen, connais pas, je ne comprends pas ton histoire ».

Il n’avait pas eu peur de se battre pour me défendre ; mais il avait peur d’une concierge.

Elle ne l’accusait pas ; elle ne voulait pas le faire arrêter.

Elle disait simplement : « Tu étais avec Jésus de Galilée. »

 

Et c’est cela qui fait peur. On veut bien m’aimer, mais sans me suivre. On veut bien être pour moi au fond du cœur, mais on a peur d’être avec moi devant les hommes.

Et même, hélas ! Quand on est scout, devant d’autres scouts. Pauvres petits scouts qui n’osez pas être avec moi et qui supprimez de votre promesse le nom de Dieu :

Le nom du Père qui vous a créés ;

Le nom du Fils qui est mort pour vous ;

Le nom du Saint-Esprit qui vous a donné dans la confirmation la force de ne pas rougir de l’Évangile.

 

Pauvres petits baptisés qui n’osez pas faire acte de chrétiens parce qu’un camarade (et quand ce serait un chef ?) pourrait vous dire comme le valet à Pierre : « Et toi aussi, tu es de ces gens-là ?… ». N’aie donc pas peur d’être de ces gens-là, car c’est ceux que je n’appelle plus mes serviteurs, mais mes amis.

Je te raconterai, mon scout, une parabole : De nombreux scouts étaient assis autour du feu de camp et se chauffaient en attendant leur tour de prononcer leur promesse.

Et un chef se leva et jura sur le feu de servir sa patrie et d’être loyal et généreux.

Et un scout se leva et jura de même. Un second se leva et jura de même, puis un troisième, puis un quatrième, et ainsi de suite.  On aurait dit que je n’existais pas. Et tous ces adolescents avaient été baptisés au nom de la Sainte Trinité : ils avaient fait leur première communion et ils allaient à la messe le dimanche. Et, au fond, ils disaient : je ne connais pas cet homme.

Parce que tous avaient peur d’être reconnus pour un disciple, ils avaient peur d’être de ces gens-là. Et leur promesse scoute reniait leur promesse de chrétiens.

Et un petit scout se leva encore qui s’était juré de m’être fidèle ; mais quand il vit tous les regards fixés sur lui, et les sourires qui épiaient ses paroles, il eut peur et promit simplement de servir sa patrie et son prochain. Lui non plus ne connaissait pas cet homme.

Et comme il se rasseyait, un de ses voisins lui dit : « Tiens ! Je te croyais catholique. »

Et il se mit à dire en rougissant qu’il ne l’était pas et qu’il n’allait jamais à l’église.

Mais je t’ai vu communier ce matin, dit l’un de ceux qui l’avaient vu partir à la messe.

Il le nia encore, et protesta qu’il ne l’était point. Mais en retournant dans sa tente, il rencontra le regard d’un aumônier qui passait. Et il fondit en larmes.

Et j’ai pardonné à ce petit saint Pierre.

Tu auras beau dire que tu ne l’es pas, tu penses encore et tu parles à chaque instant en catholique, et comme l’apôtre infidèle, ton langage te trahit.

 

Père Sevin

 

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